¡Viva Villa !

Festival des résidences d’artistes

Depuis la création de l’Académie de France à Rome par Colbert en 1666, la France soutient le rayonnement artistique en favorisant l’immersion de ses créateurs dans les cultures étrangères afin de les comprendre et s’en inspirer. C’est dans ce même esprit que, bien plus tard, la création de la Casa de Velázquez en 1920 et de la Villa Kujoyama en 1992, est venue enrichir l’expérience vécue au contact de la Renaissance italienne en offrant des perspectives de dépaysement vers la péninsule Ibérique et l’Extrême-Orient.

Mais aujourd’hui, au début du XXIème siècle, pourquoi des artistes choisissent-ils de voyager encore vers ces destinations souvent perçues comme le symbole de l’Académie, du classicisme ou du tropisme de l’Empire des Signes ?

Loin de ces stéréotypes, c’est la recherche qui se trouve au cœur du travail de toute création artistique que ¡Viva Villa ! veut donner à voir. Que fait un artiste en résidence à Madrid, Rome ou Kyoto ? Dégagé aujourd’hui de tout exotisme, ce dépaysement a-t-il encore un sens dans un monde globalisé où les artistes voyagent d’un musée à Shanghai à une biennale à Saint-Pétersbourg ou à Rio de Janeiro ? Sans prétendre offrir des réponses définitives à des interrogations que suscite l’internationalisation du monde de l’art, c’est sur les dimensions les plus actuelles et l’utilité de ces résidences à l’étranger que ¡Viva Villa ! met la focale. Comment l’artiste appréhende-t-il son immersion dans un pays, une culture, une langue nouvelle ? Comment se traduit dans son œuvre sa découverte de nouveaux modèles ou encore le contact avec d’autres artistes ? Quelle place occupe dans sa réflexion et plus largement dans son parcours créateur les rencontres qu’il y fait, l’ouverture au travail partagé dans un milieu radicalement nouveau ou l’expérience de vie collective que signifie, par définition, une « résidence » ? Comment sa pratique s’accommode-t-elle de nouvelles références et d’un nouvel environnement ?

¡Viva Villa ! est un rendez-vous avec la création la plus contemporaine de ces trois grands programmes de résidence français, mais aussi un lieu unique pour évoquer cette expérience de création, la décrire et en partager les enjeux avec les professionnels de l’art et avec le public.

Muriel Mayette-Holtz, directrice de la Villa Médicis, Michel Bertrand,  directeur de la Casa de Velázquez, Christian Merlhiot, directeur de la Villa Kujoyama

Festival ¡Viva Villa ! Année zéro

« Artiste en résidence », « résidence d’artiste », le terme est double. Il signifie à la fois habiter un lieu et être hors de son propre lieu. Une immersion et une distance – entre œuvre nouvelle et désœuvrement.

C’est autour de cette idée large de déplacement, de « dépaysement » que nous avons construit cette année zéro du festival ¡Viva Villa ! – reprenant le terme à Jean-Christophe Bailly (Le Dépaysement. Voyages en France) qui interroge à travers sa déambulation les notions d’identité, d’appartenance et tente de cerner « une émotion de la provenance » selon un registre assez proche de la photographie. Ainsi les questions de paysages, d’identités et de pratiques culturelles et sociales, de mémoires sont bien souvent au cœur des recherches et des œuvres des pensionnaires des trois grands lieux de résidences artistiques – la Villa Médicis, la Casa de Velázquez et la Villa Kujoyama.

Si l’héritage classique romain et français, l’hispanité et le Japon semblent former le socle initial des programmes de résidence des trois institutions, il apparaît à l’issue de la confrontation des œuvres, dans la pluralité généreuse des disciplines – arts plastiques, composition musicale, cinéma, métiers d’art et design, arts numériques, littérature…-  une grande richesse et une belle diversité : réflexivité poétique d’œuvres photographiques ou cinématographiques sur les paysages portugais, sur le Japon, approches de tendance conceptuelle sur les structures de l’architecture japonaise, sur les matériaux tant en sculpture que dans l’art de la céramique, réflexion sur les pratiques culturelles dans des objets de design inventifs, croisements d’inspirations dans des œuvres numériques, interrogations sociales et formelles à travers des dispositifs vidéos et photographiques, édification de villes imaginaires, de nouveaux rituels…

Foisonnement qui témoigne de la vitalité de la scène artistique et de l’importance de ces lieux stimulants de résidences que sont la Villa Médicis, la Villa Kujoyama et la Casa de Velázquez. Afin d’en rendre compte, tant à travers l’exposition d’une sélection d’œuvres mais aussi par l’évocation de recherches initiées et en cours d’élaboration ou qui concernent des disciplines qui ne peuvent être montrées dans le cadre du simple exercice de l’ exposition – composition musicale, cinéma, écriture – et  par la tenue d’un débat sur la résidence d’artiste, nous avons choisi de décliner le festival, pour cette première année, en trois volets :

  • Un parcours avec une sélection d’une vingtaine d’œuvres dans le Palais-Royal (Domaine du Palais-Royal – ministère de la Culture et de la Communication – Conseil d’Etat – Conseil Constitutionnel) ouvert à l’occasion des Journées du Patrimoine, du 16 au 18 septembre.
  • Une journée de débats et rencontres permettant de poser les questions de la création en France, de la nécessité de ces lieux spécifiques de recherche et de résidences et de présenter les recherches de quelques pensionnaires ainsi que leurs témoignages et réflexions, le 15 septembre à l’Ecole du Louvre.
  • Une séance de projection de films réalisés par des artistes en résidence des trois lieux, le 16 septembre de 14h30 à 18h30 à l’Ecole du Louvre

Cécile Debray, commissaire de ¡VivaVilla !