Giulia Andreani est née en 1985 à Venise (Mestre), en Italie. Elle vit et travaille à Paris et Montrouge. Après une formation à l’École des Beaux-arts de Venise, Giulia Andreani s’installe à Paris et étudie l’Histoire de l’Art contemporain, à l’Université Paris IV-Sorbonne. Artiste-chercheuse, elle tient depuis 2010 un « atlas », sorte de journal constitué d’une somme d’images et de documents : archives historiques, still frames, photos de famille, qui constituent la matrice d’une œuvre en perpétuelle ramification. À la manière d’un arbre généalogique, dont certaines branches meurent et d’autres perdurent, certaines images acquièrent une importance grandissante : elles sont triées, recomposées et reproduites sur toile, par le filtre subjectif d’une peinture “aquarellée”, dans un champ chromatique restreint, entre gris et bleu. Giulia Andreani confronte ainsi l’Histoire à sa dépendance vis-à-vis de l’image, pointant les lacunes de la mémoire collective.

Vue de l’exposition Correspondances de Giulia Andreani,
sous le commissariat d‘Alessandra Prandin, avec la participation de l’écrivain pensionnaire Boris Bergmann

Juin 2018, à la Villa Médicis
© Daniele Molajoli / Courtesy de l’artiste et Galerie Max Hetzler, Paris

 

photo portrait © Marc Domage


Découvrez la toile Pensionnaire Modèle dans l’exposition du festival.

Pensionnaire modèle est un format monumental qui évoque l’Histoire de la Villa Médicis et des premières femmes qui y ont été admises. La toile est conçue comme un travelling achronique : elle s’ouvre sur une femme en noir descendant l’escalier de la Loggia couvert de neige (archive photographique de la Villa, sujet et auteur anonymes). Est-ce une domestique ? Est-ce la femme ou la fille du Directeur ? Est-ce un modèle ? Est-ce une prostituée ? 

 
Puis dans un enchaînement de scènes, apparaissent Balthus en très gros plan observant le spectateur et un peintre-satyre penché sur un nu féminin (inspiré d’une photo de Gabrielle Hébert, femme du directeur de l’époque, 1867 -1872). Ces peintres, hommes, soulignent l’absence des artistes femmes à la Villa jusqu’à l’arrivée de la sculptrice Lucienne Heuvelmans, en 1911.
 
On passe ensuite de l’extérieur à un intérieur, un atelier de couture où travaille une jeune fille très concentrée sur un support artisanal, entre peinture et couture (un “ouvrage de dame”), qui portraiture une Méduse plus effrayée qu’effrayante (inspirée de la sculpture en bronze retrouvée au début du XXe siècle dans une épave du lac de Nemi, aujourd’hui conservée au Palazzo Massimo à Rome). Enfin, la scène se termine sur Lucienne Heuvelmans dans son atelier à la Villa : cette scène est inspirée d’une photo « scandaleuse » des frères Alinari représentant la première artiste femme à la Villa dessinant un nu masculin. L’étude du nu masculin était précisément la raison pour laquelle les jeunes femmes n’avaient pas accès, jusqu’en 1897, à l’Académie des Beaux Arts et donc à l’art institutionnel (peinture mythologique et d’Histoire).”

Giulia Andreani

Pensionnaire Modèle, 2018, acrylique sur toile, 190×440 cm
© Courtesy de l’artiste et Galerie Max Hetzler, Paris

 

Samedi 29 septembre

16h-17h
Maria Inès Rodriguez en dialogue avec Giulia Andreani et Randa Maroufi
modération par Federico Nicolao
projection d’une lecture d’Olivia Rosenthal

Un fragile fil conducteur accompagne le travail de la curatrice Maria Inès Rodriguez et des jeunes artistes Giulia Andreani et Randa Maroufi : fidèles à leur manière de travailler, attachées à leurs goûts et à leurs passions, habitées par un sentiment de justice, elles ont contribué par leur pratique à renouveler le regard sur les femmes artistes. Invitées à dialoguer ensemble, elles distillent leurs sensations et sentiments sur leurs méthodes et analysent les croisements possibles entre leurs trajectoires artistiques.