L’exposition

 La fin des forêts*

du 11 octobre au 10 novembre 2019 à la Collection Lambert, Avignon

 

PARCOURS DE L’EXPOSITION

Avec André Baldinger, Giovanni Bertelli, Sasha J. Blondeau, Marie Bonnin, Carlos de Castellarnau, Seydou Cissé, Marion Delarue, Marine Delouvrier, Rebecca Digne, Gaëlle Gabillet & Stéphane Villard – Studio GGSV, Hélène Giannecchini et Stéphanie Solinas, Lola Gonzàlez, Emmanuel Guillaud & Takao Kawaguchi, François Hébert, Hippolyte Hentgen, Fernando Jiménez, Sylvain Konyali, Stéphanie Lacombe, Yann Lacroix, Pauline Lafille, Mathilde Lavenne, Cedric Le Corf, Thomas Lévy-Lasne, Mathieu Lucas, Léonard Martin, Marta Mateus, Naomi Melville, Carla
Nicolás, Andrés Padilla Domene, Martine Rey, Lili Reynaud-Dewar, Samy Rio, Sandrine Rozier, Arnaud Rykner, Riccardo Venturi, Clément Verger et avec la participation amicale de Ange Leccia.

 

1. PRÉSENT ANTHROPOCÈNE EFFONDREMENT

Le moderne Prométhée et le moderne Icare, Franklin et les frères Wright, qui ont inventé le ballon dirigeable, sont les destructeurs fatidiques de la notion de distance, destruction qui menace de
reconduire la planète au chaos. Aby Warburg (1923)

Si le concept d’anthropocène prêtait encore à débat dans les années 2000, le terme popularisé par Paul Crutzen, prix Nobel de chimie, tend aujourd’hui à faire consensus dans la communauté scientifique. Il désigne la nouvelle époque géologique dans laquelle la Terre serait entrée, conséquence directe des activités humaines sur la planète.
Depuis la révolution industrielle, l’influence de l’être humain est telle qu’elle aurait non seulement modifié à grande échelle son environnement, mais aussi bouleversé le fonctionnement même de la Terre (érosion, réchauffement climatique etc.) Ces profondes mutations soumettent les sociétés humaines à de grandes difficultés et remettent en cause notre rapport au vivant.

2. IMAGINAIRES ÉCOLOGIQUES HERBIERS

[…] un parc, ou plutôt une forêt primitive, de cinq cents ou mille arpents, où l’on ne devrait jamais
couper la moindre branche pour en faire du bois de chauffe, un bien éternellement commun, pour
l’instruction et la récréation. Henry David Thoreau (1859)

Comment imaginer les rapports et les interactions entre les êtres vivants et leurs écosystèmes dans nos sociétés contemporaines ?
Animés par un dessein taxinomique, les encyclopédistes puis les scientifiques du XIX e siècle ont cru répondre à cette question en entreprenant une véritable classification et, par là même, une hiérarchisation du monde – des êtres humains aux insectes en passant par les monuments historiques. Dans leur quête de maîtrise du réel, ils ont notamment poursuivi la constitution de planches d’herbier que les botanistes du Cabinet du Roi avaient commencée dès le début du XVIII e siècle en France.
Recensement presque morbide d’espèces végétales en voie de disparition ou de prolifération au détriment d’autres, les herbiers servent toutefois aujourd’hui à la conservation et à la diffusion de la mémoire de la Terre.

3. RÉMANENCES VESTIGES

Le temps ne fait pas que s’écouler : il travaille. Il se construit et il s’écroule, il s’effrite et il se métamorphose. Il glisse, il tombe et il renaît. Il s’enterre et il resurgit. Il se décompose, il se
recompose : ailleurs ou autrement, en tensions ou en latences, en polarités ou en ambivalences, en temps musicaux ou en contretemps…Georges Didi-Huberman (2002)

En comparaison de celle des forêts, l’histoire humaine est relativement récente sur Terre. Les premiers humains (genre Homo) seraient apparus il y a 2,8 millions d’années en Afrique de l’Est tandis que les premières forêts se seraient formées il y a 390 millions d’années.
Pourtant, la vie humaine offre un profond héritage culturel, sédimenté, dont les manifestations multiples se maintiennent dans le temps en oscillant entre vestiges et rémanences. Au milieu de ces traces et survivances de mondes disparus, nombre d’artistes s’efforcent de questionner cet héritage. Qu’ils entretiennent son souvenir ou se résignent à ses persistances, tous cherchent à tracer leur propre voie, comme pour en stopper son anéantissement.

4. MÉMOIRE D’ÉLÉPHANT

Parce qu’elle est affective et magique, la mémoire ne s’accommode que des détails qui la confortent ; elle se nourrit de souvenirs flous, télescopant, globaux ou flottants, particuliers ou symboliques, sensible à tous les transports, écrans, censures ou projections. Pierre Nora (1984)

Les éléphants sont des mammifères aux capacités cognitives extrêmement développées. Comparable à celle des dauphins, des grands singes et des humains, leur excellente mémoire est à la fois spatio-temporelle, sociale, olfactive, visuelle et auditive. Celle-ci leur permet d’assurer leur survie en se souvenant, notamment, des grands itinéraires qu’ils empruntent chaque année depuis des générations et du moment adéquat pour trouver de la nourriture et de l’eau. S’inspirer des animaux, en particulier des pachydermes qui combinent à la fois mémoire du corps, transmission et savoirs ancestraux, permet d’interroger les liens entre cognition et organicité.

5. ANAMORPHOSES

Au fond nous n’avons pas encore saisi et véritablement compris le fait que tout vivant est véritablement une métamorphose du même corps de Gaïa. Tout ce qui est sur cette planète n’est autre chose qu’une transformation d’une seule et même chair, qui est la même pour tous. Emanuele Coccia (2019)

Une anamorphose est un jeu optique qui découle des lois de la perspective et des recherches sur la perception. Elle consiste à déformer une image dans un tableau jusqu’à la dissimuler mais, selon un point de vue déterminé, celle-ci nous est dévoilée et parfaitement restituée. Élaborées à la Renaissance, ces techniques picturales participaient de l’expression d’un monde dominé (Merleau-Ponty), d’un idéal humaniste où « l’homme est à la mesure de toute chose » (Platon).

Si nous percevons désormais le monde dans son désordre apparent et sa diversité, des arrangements avec le réel n’en demeurent pas moins possibles. Les bouleversements qu’entraîne l’anthropocène obligeront certains organismes à muter génétiquement, tout comme des artistes s’emparent des principes de transformation et d’illusion visuelle pour nous ouvrir à de nouvelles conceptions du monde.

 

CYCLE DE FILMS
à l’auditorium – en continu

Exploration hypnotique d’une nature qui se dissout, approches sensibles de leurres acoustiques et d’hybrides typographiques, échos engagés de luttes et de résistances, ce programme, d’un peu plus de deux heures, de films réalisés par ou avec le concours des artistes des résidences – vidéastes, compositeurs, plasticiens, graphistes, danseuses chorégraphes – nous donne à voir des images surprenantes, des constructions narratives et visuelles inventives. Le film hors de lui, contaminé par des pratiques autres.

 

Peter Tscherkassky, Outer Space, 1999, film
35mm, noir et blanc, 10 min.
Composition sonore de Clara Iannotta, 2019,
9 min 34.

Commission : Darmstadt Summer Course.
Supported by Ulysses Network, co-funded by Creative Europe Program.

L’impression d’un film d’horreur, le danger qui guette. La nuit. Dans le regard de la caméra légèrement oblique surgit d’un noir profond dans une lumière irréelle une maison qui disparaît à nouveau. Une jeune femme s’approche lentement de ce bâtiment.

Mathilde Lavenne, Focus on infinity, 2015,
vidéo full HD, couleur, stéréo, 15 min 34.

Production Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains
Collection Fondation François Schneider

Un ferry nous dépose au pied de montagnes enneigées et nous emmène au cœur d’un glacier où un champ magnétique semble renverser la perception du temps. Hypnotique, kaléidoscopique, chamanique, Focus On Infinity explore la force créatrice présente dans chaque partie infime de l’humanité. Cette expédition sensorielle en forme en fjord-movie nous rappelle que la pensée de Lavoisier est, elle aussi, infinie : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.

André Baldinger, Fréquences, 2011 (version iPhone), 2019 (court-métrage), vidéo, stéréo, 23 min.

Réalisation : André Baldinger
Texte : Célia Houdart

Création sonore : Sébastien Roux
Conception visuelle et typographie : André Baldinger

Photographies : Graziella Antonini

Voix : Agnès Pontier, Laurent Poitrenaux, DD Dorvillier, Isabelle Pichaud, Guillaume Rannou
Mastering : Geoffroy Montel

Version court-métrage du livre numérique, Fréquences est un projet collectif créé par Célia Houdart, André Baldinger, Sebastien Roux, Graziella Antonini et Martin Blum. La conception narrative et visuelle oscille entre des passages à lire et d’autres à écouter. Objet hybride : à la fois brève fiction radiophonique et étrange diaporama.

Andrés Padilla Domene, Répercussion, 2017,
vidéo 2K, couleur, Dolby Digital 5.1, 19 min 41.

Production Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains

Il y a 65 millions d’années une pierre d’origine inconnue a traversé l’espace jusqu’à percuter la Terre mettant fin aux trois quarts de la vie. Dans la région de l’impact, un groupe de chercheurs s’engouffre dans l’obscurité d’une grotte maya pour explorer l’acoustique du lieu. Ils mettent en œuvre un étrange rituel technique afin d’évoquer le choc cosmique.

Seydou Cissé, Faraw ka Taama (Voyage des pierres), 2012,
vidéo full HD, couleur, stéréo, 11 min 30.

Production Le Fresnoy-Studio national des arts contemporains

Des miracles se produisent dans un village, des pierres se déplacent par des coups de fouet et nombre d’autres mystères, lesquels se terminent par la vue magnifique d’un pont. Une vieille dame y passe avec sa fille, elle raconte à celle-ci l’histoire de la construction de cet ouvrage : le pont de Markala.

François Hébert, Les carnets d’Élisa, 2017,
vidéo HD, couleur, stéréo, 15 min.

Production collectif Lyncéus

Photo-roman réalisé par François Hébert, Les carnets d’Elisa fait le portrait d’une jeune fille aujourd’hui disparue. Atteinte par une pathologie l’amenant à sentir la présence des objets, Élisa, dix-sept ans, s’effondre soudainement. Elle s’attache alors à photographier son quotidien et laisse une pellicule-photo avant de disparaître.

Osamu Kanemura, Physical Psycho Education avec Camille Mutel, 2019,
vidéo HD, couleur, stéréo, 9 min 48.

Filmant Camille Mutel, le réalisateur Osamu Kanemura explore les différents répertoires d’énergie traversés par le corps de la danseuse dans une oscillation permanente entre immobilisme et mouvement qui tente de s’en arracher. Un corps en déploiement entre ces différents états, dissous dans l’œil du spectateur.

Nach, Japan shots, 2019,
vidéo HD, couleur, stéréo, 4 × 1 min.

Durant sa période de résidence à la Villa Kujoyama, la danseuse et chorégraphe Nach a créé des carnets de voyage. Vision simple et spontanée, elle a profité de ce temps de recherche pour s’essayer au médium vidéo. Tel un collage, vidéos, photographies et textes se superposent pour partager une vision du Japon en quatre temps de 60 secondes.

 

En écho à l’exposition, retrouvez toute la programmation du festival ¡ Viva Villa ! Arts vivants, jeudis de la Collection Lambert, journées professionnelles et le weekend d’inauguration dans la section Programmation !

*La fin des forêts est un titre emprunté à la prochaine création 2020 du chorégraphe Benjamin Bertrand, lauréat de la Villa Kujoyama