Dimanche 30 septembre

30 septembre  

10h – 11h30   Conversation « Une matinée avec les livres d’artistes »

Federico Nicolao, commissaire du festival, réunit pour une matinée dédiée au Livre d’artistes quelques-uns des pensionnaires des trois institutions pour analyser l’émergence de l’édition dans les pratiques artistiques contemporaines.

 

11h30 – 13h   Conversation : « Les frontières de l’objet »
avec Pauline Abascal (Villa Kujoyama), Clément Carat (Casa de Velázquez), Laureline Galliot (Villa Kujoyama), Claire Lavabre (Villa Médicis) et Matthieu Peyroulet-Ghilini (Villa Kujoyama)
modération par Federico Nicolao

La pratique du design contemporain ne cesse d’évoluer et de se renouveler ces dernières années. Un ensemble de pratiques alternatives et procédés modernes s’est développé entraînant voire obligeant les designers à repenser leur activité, à tisser des relations avec les technologies numériques et renouer avec d’anciens matériaux devenus cruciaux dans la production contemporaine. Quelques-uns des designers et des artistes en résidence présentent leurs nouvelles créations en discutant des enjeux du design contemporain et des différences dans la pratique du design au Japon, en Espagne et en Italie.

 

15h – 19h30     Rencontres « Géographies de la parole et de la représentation »

Maintes fois traitée et de manières si divergentes, cruciale tant dans les tragédies grecques que dans les chroniques plus douloureuses et récentes de l’actualité, la notion de frontière réapparaît avec toutes les contradictions qu’elle porte à chaque crise sociale et économique. Notion galvaudée, périssable et vide d’intérêt quand elle n’est pas analysée avec rigueur, elle se dessine pourtant cycliquement comme un horizon, catastrophique et fondamentalement instable, pour tout penseur et artiste qui s’intéresse à l’errance, à l’exil, à l’engagement dont l’être humain fait preuve quand il s’assume comme habitant. Des chercheurs, des artistes, des philosophes, des écrivains lucides sur la période qu’on traverse et confiants dans l’action se confrontent et partagent quelques-unes de leurs recherches sur cette notion qui peut être traitée de nombreuses manières mais qui pose inévitablement des problèmes de dissonance et des interrogations ardues, loin de la facilité.

Federico Nicolao et Sarah Toucas, chercheuse spécialisée sur les notions de frontières et de migrations, retracent ensemble également l’expérience de l’exposition « Après Babel, traduire » au Mucem conçue par la philologue et philosophe Barbara Cassin.

 

  • 15h30-16h   Visite de la Villa Méditerranée « Quelles routes parallèles suivirent-ils en rentrant ? »
    un projet d’Odysseas Yiannikouris et d’Alessandra Monarcha (Villa Médicis)

« Nous avons, à la Villa Médicis fait une recherche sans commanditaire, sans stratégie, sans critique ni remarque. Pour un temps l’envie a ambitieusement réformé le sérieux pour produire quelques projets faits de matière d’étonnant, avec l’intuition d’utiliser de belles définitions : celles des énergies qui sont du cosmos, des fluides et du climat, celles des jardins qui sont de vie… nous avons, par exemple, travaillé à un temple au soleil couchant. Une chose a demeuré : être sensible au contexte dans lequel nous produisons nos idées, même si, dans le jeu de cette autre rationalité (Cosmos, fluides, vie), le concret de notre contemporain ne vaut rien : nous lui avons préféré les maquettes de Galilée.
Villa Méditerranée – Niveau 1 sera le territoire du récit de ces explorations. Entre deux mondes qui nous sont familiers ; celui du cosmos, des fluides et du climat et leurs belles plastiques ; celui de ce lieu, porte-à-faux qui exerce notre oeil fin et notre regard heureux à voir au-delà de l’absurde : deux mondes, deux Villas, de Galilée à cette grande bascule, autant de temples au mouvement. »

L’antiAtlas des frontières est un collectif de chercheurs, d’artistes et d’experts. Articulant recherche et création artistique, ils tentent d’aborder de manière inédite les mutations des frontières et des espaces de nos sociétés contemporaines.
Jean Cristofol, philosophe et enseignant à l’École Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence présente la revue numérique de l’antiAtlas des Frontières et les enjeux de cette plateforme de veille et de communication présentant les événements, publications, actualités et oeuvres art-science questionnant les mutations des frontières au 21e siècle.

Comment habiter un lieu inhabitable ? Réponse évidente : en le remplissant de livres. De cette réflexion, l’écrivain Boris Bergmann articule le thème de sa première intervention : la bibliothèque idéale. À travers 10 livres aimés, 10 écrits essentiels – habiter un lieu.
« Je ne connais pas Marseille. Je n’y ai jamais mis les pieds. J’y étais la nuit dernière – en rêve – mais c’est à peu près tout. Je vais découvrir Marseille à l’occasion de ¡ Viva Villa ! : une bonne excuse pour une plongée en apnée dans la matière de la ville.
Désormais les voyageurs ne sont plus jamais perdus : ils tirent de leur poche leur téléphone, le mettent sous leurs yeux, tapent l’adresse, le point d’arrivée, et l’itinéraire précis, sans détour, peut surgir. Tout découle à l’écran, sans surprise.
Je me suis promis de ne pas répéter ce geste facile, automatique. De découvrir Marseille par un procédé autre : la dérive.
Se livrer à la dérive, c’est renoncer, pour une durée plus ou moins longue, aux raisons de se déplacer et d’agir, aux relations, aux travaux et aux loisirs qui me sont propres, pour se laisser aller aux sollicitations du terrain et des rencontres qui y correspondent. Abolir ma procédure habituelle. Laisser la ville aux plis invisibles, aux recoins, faire de moi ce qu’elle veut.
Je redeviendrai alors un corps à la merci de la poésie urbaine. Les situationnistes parlaient de psychogéographie. Je préfère y voir les états d’âme de l’espace qui, parfois triste, parfois joyeux, parfois constipé ou simplement désintéressé, me ballade à travers lui, me déplace en lui.
Je pourrai alors reconstruire ma carte de Marseille — irrégulière, imparfaite et pourtant bien plus « vraie » qu’un screenshot de Google Map. Plus vraie, ma carte, car j’y laisserai les marques de mon passage, mes traces. Mes sentiments.
Cette carte sera utile — je l’espère — à d’autres qui voudront, à leur tour, en dérive, retrouver la ville latente, secrète et mystérieuse qui sommeille sous les plans trop clairs, sous les applications de géolocalisation trop précises, et qui n’attend qu’une chose : qu’on la réveille. Pour mieux s’y perdre. Pour mieux la vivre, la ville. »
« Les difficultés de la dérive sont celles de la liberté », Guy-Ernest Debord

Repartant de l’idée de Littérature Monde et de son expérience de la Société des auteurs, de son projet Mittel Europe et du travail collectif sur Les potentiels du temps l’écrivain, Camille de Toledo dialogue avec Federico Nicolao sur l’idée de traduction.